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Tunisie : Cette folle envie de rentrer

Actualité tunisienne

Tunisie : Cette folle envie de rentrer

Non, ce n’est pas le Couscous, le Palm Beach ou la Celtia qui me manquent. C’est de me comporter en Tunisien, sans qu’un regard, sur moi ne tombe.

La gorge ramollie, l’aéroport Tunis Carthage est comme à son habitude, bondé et désorganisé.

Ce bordel qui va nous manquer, ces surprises au moment du changement de devise où ils demandent une carte étudiante mais refusent un certificat de scolarité, les disputes à l’enregistrement et la ponctualité de Tunisair.

Souvent, on se dit “Quel pays!”, ensuite on s’en va, on se réveille chaque matin en hurlant devant le miroir “quelle vie on a choisi!”.

Loin de la mer, près du cœur

L’exil est un rêve pour beaucoup, l’invitation au voyage a toujours été un des poèmes préférées de la classe moyenne maghrébine. En Tunisie, spécifiquement, certains idéalisent l’occident.

Mais mes amis, je vous le dis: l’Occident est vivant pour les anomalies, les élites et les indépendants, ceux qui ont la force émotionnelle de repousser leurs plaies.

Certains d’entres nous font partie de ceux qui continueront, toute leurs vies, d’aller déjeuner deux fois par semaine chez leur maman.

Certains d’entres nous ne travaillent pas dans les bibliothèques, mais dans les cafés, à une semaine de l’examen, qu’on décroche haut la main, car c’est tombé sur ce qu’on voulait.

Certains d’entre nous vivent de leurs amis et des sorties, pour exhumer la douleur des cinq jours de labeur, tard la nuit.

Et surtout, oh surtout: certains d’entre nous aiment ce pays où de la désorganisation naissent des occasions!

Non, ce n’est pas le Couscous, le Palm Beach ou la Celtia qui me manquent. C’est de me comporter en Tunisien, sans qu’un regard, sur moi ne tombe.

Le paradoxe de l’amour

Les relations longues distances, c’est comme ça qu’on les vit.

On ouvre les infos: 11 bébés qui meurent d’une erreur médicale, du Coran dans un contrôle de physique-chimie et l’injustice sociale qui perdure.

Vous croyez qu’on se dit: “Jamais je reviens, jamais j’y vis!”?

Au contraire, on se retient de ne pas prendre un billet d’avion dans la minute, pour revenir et essayer de tout changer.

Car si on revient sans outils, sans culture et sans avis, on n’a plus la moindre excuse d’être partis. Personne ne nous écoutera, ne nous donnera la moindre considération et le pire arrivera: On sera dégouté d’être au pays.

Alors on sèche sa larme et on éteint ou on passe sur TF1, pour jalouser les problèmes d’autrui.

Si on revient trop tôt et sans rien, on la déçoit.

Si on reste, on se fait du mal.

Les relations longue distance, c’est un peu ça, comme être un étudiant à l’étranger. On appelle sa famille, on entends les “Saha aalik, ken enti msalakha” (“Tu as de la chance, c’est toi qui t’en sors le mieux!”).

Si seulement ils savaient, à quel point, je les jalousaient.

Comment rentrer?

La question reste toujours un combat, une dualité: Avons-nous envie de rentrer ou voulons-nous rentrer ? Est-ce une volonté rationnelle ou une simple envie émotionnelle?

Et bien, il semblerait que les chiffres de la fuite des cerveaux répondent à ma place. Ce n’est qu’une simple émotion. Pour certains, découragés surement par des politiques très peu ambitieuses, la Tunisie n’est qu’un mirage.

Ils sont bien installés en France, forts de salaires et de réseaux, pourquoi tout reconstruire en rentrant?

Et nous, étudiants, encore nouveaux dans ces relations longues distances, on essaye de se convaincre et de se battre pour conserver notre amour. Certains perdent pieds et se noient dans les nouvelles rencontres que l’Occident fournit, d’autres se laissent aller dans un communautarisme qui réduit l’apport de l’exil à un simple changement de Rue à Tunis.

Entre eux, on chavire. Que ce soit de coeur ou de raison, je n’ai qu’un seul espoir: que jamais, je ne me dise, que jamais je ne rentrerais.

 

Source Huffpostmaghreb
Par Amine Snoussi

 

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