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Pour les Amazighs, le combat continue toujours

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Pour les Amazighs, le combat continue toujours

Pour les Amazighs, le combat continue toujours

Les Amazighs (Imazighen) font partie des peuples anciens. Mais ils forment l’un des peuples anciens les plus méconnus, pour plusieurs raisons. Un Amazigh est un homme libre ; c’est certainement, entre autres, pour cela qu’il a été longtemps le plus grand marginalisé de l’Histoire. Ici une plongée dans cette longue Histoire, riche et tumultueuse.

Lorsque le régime du dictateur libyen, Mouammar Kadhafi, vacille et finit par tomber, le drapeau amazigh flotte à Tripoli, c’est une énorme surprise pour beaucoup d’observateurs internationaux qui ignoraient superbement l’existence des Amazighs libyens, massacrés durant des années. Ce drapeau avait déjà flotté, des années auparavant, en Algérie, au Maroc, aux îles Canaries ou encore dans les vastes territoires que peuplent les Touaregs, ces hommes bleus qui n’ont jamais oublié qu’ils sont des Imazighen, des hommes libres. Oui, les Berbères se désignent plutôt par ce nom venu des âges les plus reculés, Imazighen. Le présent article se veut un survol de l’identité berbère ; ce survol s’appuie sur le vécu d’une région de Tamazgha, la Kabylie, qui a beaucoup lutté pour la reconnaissance de cette identité.

Il y a trois mille ans avant Jésus, les Imazighen côtoyaient les royaumes égyptiens. Ainsi après sa victoire sur le pharaon Psousennis II, vers l’an 959 avant J.C, le Berbère Sheshnaq épouse la fille du roi vaincu et s’installe sur le trône d’Égypte en fondant la XXIIème dynastie des Pharaons. Le Pharaon berbère poursuit son avancée vers le Moyen-Orient ; il arrive jusqu’à Jérusalem qu’il pille. Cet événement est mentionné dans l’Ancien Testament (1).

Plus tard, un autre roi berbère Massinissa, va marquer l’Histoire. Il réussit à réunir toute la Numidie et parvient à un état de civilisation important. Massensen, son nom en langue amazighe, arrive à mettre en valeur un territoire immense et exporter du blé et des céréales en direction de Rome et de la Grèce. Le roi amazigh s’approprie également les attributs modernes de la souveraineté comme la frappe de la monnaie et le développement de la circulation monétaire ; toujours sous son règne, les échanges entre les villes et les campagnes connaissent un essor remarquable. La célèbre phrase : « l’Afrique aux Africains » a d’abord été prononcée par le roi Massinissa. Les Berbères utilisent le mot « Taferka » pour signifier la terre, « Aferkiw » étant celui qui est propriétaire de cette terre. Lorsque la phrase de Massinissa a été traduite en latin, elle a donné le mot « Africa » pour désigner la terre du côté du versant sud de la Méditerranée (2). C’est bien plus tard, que les Européens vont utiliser le mot « Afrique » pour parler de tout le continent africain. Régnant de l’an 203 à 148 avant J.C, Massinissa est resté dans la mémoire collective. D’autres rois berbères vont lui succéder. Le règne des dynasties numides s’achève avec le roi Ptolémée de Maurétanie, fils de Juba II, qui est assassiné par l’empereur Caligula en l’an 40. Le pays des Berbères sera alors, en partie, occupé, tour à tour, par les Romains, les vandales, les Byzantins, les Arabes, les Turcs et enfin les Français. Auparavant, les Berbères fondèrent de nombreuses dynasties berbères sous l’égide de l’Islam. C’est le cas, entre autres, de la dynastie des Fatimides, des Almoravides ou encore des Almohades.

Amorcée par les Kabyles Kotamas qui s’imposent en Afrique du Nord centrale dès 922 avant de fonder le Caire en 969, la dynastie fatimide dure près de deux siècles. En Égypte, les Fatimides construisent la célèbre mosquée d’El Azhar et étendent leurs conquêtes jusqu’à la Syrie ; ils s’établissent même à Malte et en Sicile. Contrairement aux autres dynasties musulmanes, les Fatimides se basèrent pour recruter les éléments de leur administration sur des critères principalement de compétence, faisant fi ainsi de l’appartenance tribale ou ethnique ou parfois même religieuse dans la mesure où de hautes fonctions furent occupées par des Juifs ou des chrétiens. (3)

Les dynasties berbères musulmanes s’effondrent à la fin du XVème siècle et au début du XVIème siècle. À cette époque, une grande partie de la Kabylie fonctionne pendant un moment en confédérations autonomes. Les villages se rassemblent ici et là, les tribus établissent des règles qu’elles respectent ; tout le monde participe à la gestion de la cité, nul dirigeant ni roi n’est là pour imposer sa loi. Cependant deux royaumes vont s’y constituer : le royaume des At Abbas et le royaume de Koukou. Le royaume des At Abbas s’est formé à la suite de la prise de Vgayet (Bougie) par les Espagnols en 1510. À la chute du royaume berbère hafside, les Kabyles prennent une nouvelle capitale, à l’intérieur du pays, la qalâa des At Abbas. Cette cité est une ancienne place fortifiée de l’époque des At Hammad. Le royaume de Koukou se forme en haute Kabylie, dans la région de Ain El Hammam. Ahmed At Lqadi, le fondateur du royaume de Koukou a été roi d’Alger de 1520 à 1527. Le règne des Français en Algérie commence au début du mois de juillet 1830. Le nom d’Algérie est donné le 14 octobre 1839 aux possessions françaises dans le nord de l’Afrique. « Algérie » vient du mot « dzair », le nom de la ville d’Alger en arabe algérien, qui est lui-même issu de « dziri » lequel dérive du fondateur de la ville, le Berbère Bologhine At Ziri. (4)

Le 1er février 1844, la France crée les bureaux arabes pour établir des contacts avec les indigènes. Le 11 décembre 1848, la Constitution de 1848 proclame l’Algérie partie intégrante du territoire français : Bône, Oran et Alger deviennent les préfectures de trois départements français. Lorsque l’émir Abdelkader se soumet à la France en 1847, une grande partie de la Kabylie résiste encore aux Français.

En 1865, Napoléon III fait part de son intention de traiter l’Algérie en « royaume arabe ». La démarche de Napoléon III va laisser des traces dans les esprits. La France colonialiste va ainsi tenter d’arabiser les Berbères, de les diluer dans un vaste royaume chimérique. Cette idée de royaume arabe générera, bien des dizaines d’années plus tard, le fameux « monde arabe » qui n’est, dans la vie réelle, qu’une invention politicienne.

Cependant l’Algérie de la colonisation est traversée, au même moment, par plusieurs courants de pensée, les uns et les autres, cherchant, au mieux, à « domestiquer » la société autochtone. À côté de l’arabe classique, de l’arabe algérien, on s’intéresse aussi, fait nouveau, à la langue kabyle. C’est en 1891 que le Brevet de langue kabyle est créé à Alger. Un lettré kabyle d’importance, Saïd Boulifa, a suivi ce cours ; c’est lui qui a pu sauvegarder des pans entiers de la mémoire berbère. Contemporain du plus grand poète d’Afrique du Nord, Si Mohand Ou Mhand, (mort le 28 décembre 1905), Saïd Boulifa arrive à collecter une partie des mots forts et souvent désespérés de l’aède kabyle. Si Mohand Ou Mhand a vécu cette période tumultueuse liée à l’arrivée violente des Français en Kabylie. Sa vie, son œuvre, son destin ont été complètement chamboulés par l’intrusion de cette terrible guerre. Si Mohand naît vers 1840 à Icheraiwen, un village de Haute-Kabylie, situé près de l’emplacement actuel de la ville de Larba Nat Iraten (Fort National). Il assiste à l’arrivée du général Randon en Kabylie et à la destruction de son village. Après l’insurrection de 1871 à laquelle sa famille participe, les At Hamadouche, parents de Si Mhand sont ruinés. Son père, Mohand Ameziane est exécuté, son oncle Arezki est déporté en Nouvelle-Calédonie, son frère Said s’enfuit en Tunisie tandis que les autres membres de la famille se réfugient dans les autres villages de la région de Tizi Rached. Complètement déraciné, Si Mohand commence une interminable errance. À pied, il sillonne une grande partie de l’Afrique du Nord et déclame ses poèmes. Dans l’un de ses plus émouvants poèmes, il affirme : « l’exil m’est prédestiné. » Il devient ainsi comme l’écrit Hamza Zirem (5), « le chantre désespéré des valeurs bousculées par l’ordre colonial. » Si Mohand Ou Mhand boit, aime, se drogue, erre d’un coin à un autre, sans oublier certainement cette image de son père fusillé devant ses yeux par l’armée française.

Plus tard les poèmes de Si Mohand sont publiés, sous différents recueils, par Si Amar Ou Said Boulifa en 1904, Mouloud Feraoun en 1960 ou encore Mouloud Mammeri en 1969.

Lorsqu’il rend visite au Cheikh Mohand Oulhocine (1836-1901), un sage et un homme du verbe, le poète reste muet. Par respect pour le Cheikh, Si Mohand avait laissé sa pipe dehors. L’entourage du Cheikh finit par lui ramener sa pipe qu’il n’hésite pas à remplir de kif. Si Mohand récite alors un poème. Le Cheikh lui dit de le répéter. « Je ne répète jamais mes vers », répond le poète. Ce qui énerve un peu le Cheikh qui lui souhaite de mourir loin de sa terre natale. « Si Dieu veut, mais ce sera à Asseqif N Tmana », affirme Si Mohand Ou Mhand. Effectivement Si Mohand Ou Mhand est enterré à Asseqif N Tmana, loin de son village, mais toujours dans cette Kabylie qu’il avait dans le sang. L’œuvre poétique de Si Mohand marque profondément la Kabylie ; elle influence et continue à inspirer de nombreux autres poètes aux quatre coins de Tamurt, le pays, la terre natale et la patrie.

À vrai dire, l’âme kabyle à se réfugie souvent dans la poésie pour sauvegarder sa combativité et sa résistance face à toutes les injustices du monde. On peut même affirmer que la poésie est indissociable de la vie berbère. « Il était pareil à une feuille que le vent emporte et qui ne pourrait se fixer nulle part ailleurs que sur la branche d’où elle a été détachée », disait de lui l’écrivain kabyle Mouloud Feraoun.

De son côté, Cheikh Mohand Oulhocine a joué un rôle important dans l’affirmation de la pensée kabyle de son époque ; il avait surtout insisté sur la primauté des valeurs traditionnelles sur le dogme religieux.

A suivre : Seconde partie

Youcef Zirem

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