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Partir sans sourire

Chronique

Partir sans sourire

Partir sans sourire

Par Rachid Mouaci

Je veux tout quitter, je ne me retrouve plus dans cette partie et dans cette patrie. Vers le pôle Nord ou l’Amazonie, je souhaite être muté. Si chaque jour, je continue à chuter ainsi, il vaut mieux être exilé ou même être buté.

C’est moi, le vaurien, je n’assimile rien, je ne comprends même plus la langue de mes concitoyens.

Les benjamins conseillent les doyens, le monde est divisé entre croyants et païens, il n’en reste rien. Dans ce monde kafkaïen, l’idiotie a pris une dimension himalayenne. Je ne distingue plus le mal du bien. À présent, le bimane marche, aboie, suit et lèche comme un chien. Je veux vraiment devenir un solitaire îlien.

Le monde nage dans le déboire, on préfère l’idiotie au savoir, on troque la clarté contre le noir et le valeureux contre le couard.

Je pleure la dame à la burka noire et je pleure la femme qui fait le trottoir. Je pleure les vieilles qui ont assisté au vidage de leurs jarres. Je pleure les jeunes qui se barrent dans des radeaux sans phares. Comme, je n’ai ni le pouvoir du créateur des êtres et des territoires ni l’éloquence oratoire, voilà que je narre sans aucun art des idiotes histoires pour nos jeunes hoirs qui ont déjà marre.

Ma patrie noircie est victime de la piraterie. Ma patrie qui vomit le savoir, les arts et les écrits, tu es violée, profanée et souillée et tu as engendré des enfants sans fratrie qui adorent la flatterie et qui veulent à leur tour te violer. Ceux qui sont de toi épris, on les a exilés, expatriés ou étouffé leurs cris.

Pourquoi cette malédiction ?

Pourquoi l’adulation est-elle devenue une passion et une fonction ?

Pourquoi le destructeur a-t-il pris la place du maçon ?

Pourquoi attendons-nous du ciel la solution ?  

Où sont passées l’instruction, l’éducation, la traduction, la réflexion ?

Sur notre sol ne poussent plus les roses, la vie devient morose, les livres d’hypnose ont remplacé ceux de la poésie et de la prose. Notre mal est grandiose, mais c’est la Palestine qui est devenue notre cause. Pour dénoncer ce ridicule, personne n’ose.

Sur un vieux tapis d’Orient, je me mets à genoux pour prier les Dieux, je lève les yeux et ce sont les avions et les fusées des Occidentaux que je vois traverser nos cieux. Au lieu d’imiter les audacieux, je crie fort et haut : je suis mieux qu’eux et je suis le chouchou du bon Dieu.

À cause de ce désastre, je ne supporte plus les astres, je regarde vers le ciel, je vois les étoiles, je regarde le perchoir, je vois les étoiles. Sur les épaules, je vois les étoiles. Là où je vois le noir, je vois les étoiles. Le mal de ces étoiles a touché la moelle. Sans feu et sans métal, les miens font face aux étoiles même en sachant qu’ils ont de réelles balles pour que la justice vainque le mal.

À présent, ma patrie est enceinte d’espoir, il est de notre devoir de ne point la laisser déchoir et être avortée par les habitants des manoirs et des tours d’ivoire, sinon nos hoirs vivront éternellement dans le noir.

Rachid Mouaci

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