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LETTRE AU CHEF DE L’ETAT

Débats

LETTRE AU CHEF DE L’ETAT

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Il y a des moments dans la vie d’un homme, en ces temps d’incertitudes et de trouble national et mondial, ou il doit prendre son courage à deux mains pour donner son avis au chef de l’état Algérien sur les tenants et aboutissants de cette crise multidimensionnelle que traverse notre pays et l’influence, maintenant visible et au grand jour, de l’ancien colonisateur. Loin de moi de me positionner en donneur de leçons ni en tant que représentant du hirak, mais juste comme un Algérien jaloux de sa patrie pour qui son père est mort les armes à la main, martyre avec tant d’autres et d’autres.
Le hirak, pour ceux qui ne l’ont pas encore compris, est l’expression très profonde du ras le bol de la majorité de notre population.
Ras le bol de ce pouvoir, quel qu’il soit, qui se croit tout permis. Du vol, en passant par l’impunité à la « hogra », des arrestations à la torture, phénomène gravissime inhumain, dégradant, qui n’honore pas le pays et de complicité flagrante avec l’ancien colonisateur.
Monsieur le chef de l’état, l’Algérie va droit dans le mur. Il y’a une véritable fracture entre le sommet de l’état, dont vous êtes un maillon faible, en ce moment, et la population Algérienne de tout horizon. Surtout ne sous-estimer pas la volonté inébranlable des hirakistes d’aller jusqu’au bout de leurs revendications légitimes. Si vous voulez devenir le maillon fort de ce pouvoir vous devez tendre la main au peuple, et croyez-moi il vous le rendra en centuple.
Vous êtes en total divergence et contradiction, tout au moins les tenants du pouvoir, avec le peuple. Leur acharnement d’aller de l’avant avec des solutions préfabriquées ne conviennent nullement à la volonté de changement du système demandé par la population hirakistes.
La volonté du pouvoir, qui vous dépasse vous aussi, est de maintenir l’Algérie sous le Géron des généraux et de l’Etat-major pour leurs seuls intérêts et ceux de leurs clientèles nationales et surtout internationales.
La méfiance de la majeure partie de la population, vis-à-vis des militaires au pouvoir est énorme.
Les points de vus divergent grandement avec ceux qui gouvernent derrière le rideau. Le secret qui a prévalu durant la guerre de libération nationale, cultivé depuis l’indépendance, continue d’empoisonner les relations de l’état-major avec la population. Ce secret qui entoure les tenants du pouvoir nous fait dire qu’ils sont phagocytés par des puissances étrangères. De leur point de vue la population est l’ennemi, telle qu’était l’administration française durant la guerre de libération. C’est cette dernière équation qu’il faut résoudre en premier lieu, rétablir le lien entre le pouvoir réel et la population, un lien formel et transparent. On ne peut plus faire l’économie de la transparence.
Votre élection ainsi que celle de la nouvelle constitution ne sont nullement acceptées par la majorité de la population. Ni vous ni votre constitution ne sont légitimes, du strict point de vue de la démocratie. Vous êtes un chef d’état désigné par l’état-major, à leur tête feu GAID SALAH. A son décès vous aviez une opportunité énorme de répondre aux diverses attentes de la population et de sauver l’Algérie des mains de ceux qui veulent en faire et qui en font leur propriété privée. Est-ce la peur d’être assassiné qui vous paralyse ? Ou vous tiennent-ils en laisse par des chantages divers et variés ? Connaissant vos compétences et votre capacité d’analyse et votre amour pour la patrie ces questions se posent.
L’Algérie a probablement encore besoin de sacrifices en plus de nos martyrs de la libération, de ceux d’octobre 88, de la décennie noir, de juin 2001 et tous les autres morts pour la démocratie connus ou anonymes. Notre devoir à tous est de tout faire pour que l’état ne s’effrite pas, quelques soient les divergences des uns et des autres.
Je suis clairement et totalement dans le hirak et partage l’ensemble de ses revendications. Dès que possible je rentre en Algérie prêt à aller en prison, à être assassiné et à subir la torture du DRS. Si, pour permettre à notre jeunesse de vivre chez eux dans la dignité, notre patrie a encore besoin de s’abreuver de notre sang, tout comme mon père avant moi, à que cela ne tienne, je suis prêt, nous sommes, prêt beaucoup de militants de la liberté le sont aussi.
En plus du hirak, révolution inédite dans le monde par sa selmiya, la covid-19 a mis à genou l’Algérie, sur le plan économique, social et politique.
Résoudre cette crise multidimensionnelle, passe d’abord par la résolution du conflit politique qui oppose l’état-major à la population.
Vous êtes en position d’être l’arbitre et celui qui peut mener une vraie phase de transition. Cette révolution bénie, comme vous dites, ne peut qu’engendrer un changement radical des pratiques politiques en vigueur chez nous.

Aller vers des législatives sans électorat, elles sont boycottés et combattue par le hirak, est une erreur qui ne résout rien mais plutôt qui prolongerais les multitudes crises qui plongeraient encore plus l’Algérie dans de sombres perspectives économique, social et politique.
A mon sens, la solution la plus fiable est de désigner une personnalité du hirak, dont la probité est sans faille, qui doit engager des consultations avec les hirakistes, les associations de tous bords, parties prenante du hirak et les partis politiques pour dégager un présidium pour préparer une conférence nationale inclusive. Ce présidium doit mener la phase de transition et la gestion courante des affaires de l’état durant son mandat. De la conférence nationale sortira un consensus global que le présidium mettra en œuvre.
Avant de finir, laissez-moi vous dire que notre nationalité n’est pas un mot sans charge émotionnelle profonde, historique et patriotique, y toucher relève de la haute trahison.

HAMID CHALLAL.
Ancien chargé de cours en économie.
Ancien directeur des œuvres universitaires de Tizi-Ouzou.
Ecrivain.

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