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Les saisons mortes : le rêveur éveillé et l’inspiré transi

Littérature

Les saisons mortes : le rêveur éveillé et l’inspiré transi


D’abord, il y a eu « Traduire un silence » et « Amoureux-nés » dans leurs exhibitions intenses et denses d’un somnambule, en 2010. Puis vint « La finitude (La haine de soi) » dans ses provocations intimes à l’image d’un névrosé qui tourne, se retourne et s’agite, en 2014. Le voici, en 2018, dans « Les saisons mortes » qui se veut limpide, fascinant et passionnant aux couleurs de la clandestinité d’un verbe dévoilant sa face et cachant son secret. Du style, de la structure et de l’épaisseur dans la tangibilité de ses personnages originaux et dans l’apparence de leurs reflets invisibles. Iris, le rêveur éveillé et l’inspiré interrogé dans un hasard provoqué sous un verbe qui se love dans son semblable sans réserve et sans frein, continue son bout de chemin parisien semé d’embuches et d’habitudes, parfois lisses, parfois rudes. En mêlant l’intime et la fiction, son écriture ciselée traite des sujets de société. Plus son verbe est sensible, plus il est accessible, et plus il est lisible, plus ses textes prenaient de la hauteur. L’auteur dilatait son idéal « imaginaire » par l’emploi d’un verbe concret, correct et courageux luttant pour notre besoin et survie. C’est du côté où il soulevait le problème que la solution s’évoquait d’elle-même en venant au secours de celui qui la formulait. Comme il connaissait l’avilissement qui traduit, il se heurtait aussi à celui qui le fagotait délicatement. Son pays, l’Algérie, qui l’a vu naître, et la Kabylie où il espérait renaître. Servie par un style inclassable, son écriture aux couleurs chatoyantes témoignait à la fois les dérives de son sujet harmonisant à la fois ses implications et ses inspirations, tantôt tardives, tantôt anticipées.
« Les saisons mortes » est un voyage qui commence par un regard discret pour aboutir à des retrouvailles apprivoisées. Pour se départir de ses lugubres transpositions, et à la limite de ses espoirs et incertitudes, Ilès, son personnage principal, associa Jenny sa dulcinée, allègre et désirante, fervente défenseuse du climat, à ses pérégrinations intimes. De ce fait, l’auteur trouvait refuge dans ce quotidien qu’il décrivait sous un angle méconnu. Le souffle retenu et le geste libéré, tout se consommait au rythme d’un tâtonnement libérant la tragédie de l’interdit dans cette lecture interrogative où l’on confond absurdité et lucidité, consolation et désolation. Souffrant de concrétisation, les désirs demeuraient néanmoins inassouvis, car, on ne sait, conséquemment, qui écrivait tellement la rêverie était douce. Un adulte ? Un enfant ?
Naïve mais vive, passionnée de ce qui bouscule et interroge, l’écriture de ce magnifique roman qui est à la fois objective, innocente et profonde, curieuse et soucieuse de la décadence qui l’entoure, nous fait découvrir plusieurs fragments de notre vie, et dans chacun d’eux, chaque lecteur se reconnaît. De la frivolité à la sagesse, et de la brutalité à la tendresse, en passant par le pessimisme, les dérives, le présentisme et l’éternalisme, l’homme-humain, en persistant et en persévérant, faisait ce qu’il pouvait dans ce monde à la fois permissif et rigide. Des usages qui prévalaient en laissant filtrer la lumière au cœur de l’ignorance, de l’obscurantisme, des abus et dérives du régime en place, des conflits d’intérêt, des négligences par manque de maturité et responsabilité politiques et des multiples servitudes auxquelles étaient attelées nos femmes, ces proies jadis domestiquées, mais émancipés dans la défiance de l’interdit.
« Les saisons mortes », par Iris. Editions Spinelle, oct. 2018. 220 p., 18 €.
Mohand-Lyazid Chibout

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