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LES MOTS SONT LIBRES

Débats

LES MOTS SONT LIBRES

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Il y a les mots qu’on dit et les mots qu’on écrit. Dans son malheur, la mère de Chaïma a posté des vidéos, en direct. Pour hurler son désespoir, dire sa souffrance, crier sa douleur. Ses appels à faire justice sont déchirants. 
Les mots du peuple expriment l’effroi et l’indignation. Des voix choquées se sont élevées, ont fusé dans l’espace, fait bruit pour obliger la justice à prononcer une sentence à la mesure du crime. Les mots sont restés  comme suspendus en l’air. La justice mettra un bail pour juger cette affaire. 
Les mots du violeur et assassin nous cognent, nous anesthésient tant ils reconnaissent les faits sans un brin de remords. 
Moi, je n’ai plus de mots. Je suis triste devant l’horreur. Impuissante à en crever. J’en veux même un peu au destin qui m’a fait naître fille. Fille, on ne peut pas toujours sortir indemne de ce monde de brutes.  
Les mots de certains font peur. Les mots du professeur Khiati  sont comme des lames acérées qui vous pénètrent entre la peau et les ongles, vous déchiquettent le corps, un peu comme l’assassin avait charcuté le corps de Chaïma. Les mots du professeur Khiati sont arrêtés, sclérosés et ne souffrent d’aucune autre interprétation. Ils sont remplis de haine et de mépris. Les mots du professeur Khiati sont danger pour le pays. 
 Moi, je ne savais qu’on pouvait être interviewé pour débiter des conneries. Dire des mots qui blessent, des mots qui choquent, des mots qui transpercent des cœurs en agonie
L’interview a tourné et a eu des milliers de vues. « …le châtiment est juste… », disait cet autre.  Les gens croient que les avocats, surtout quand il ya mort d’homme ( ici de femme) sont faits pour défendre les victimes. Il n’en est rien. Chaïma est morte parce qu’elle était fille. Parce qu’elle était vie. Parce qu’elle était femme. Parce qu’elle était pauvre. C’est en 2020.  Je serre les poings très fort pour me donner l’impression de cogner cet homme et ses idées reçues.  
 Mais il ya des hommes, comme ça, peu importe qu’ils soient  médecins ou avocats. Ils font de la femme, un être inférieur, une coupable à vie.  Et moi, j’ai la certitude que quand un homme est con, il l’est pour la vie ! !  so  Dire que ces personnages se considèrent comme étant utiles. Le point de départ de leurs élucubrations remonte à loin. Déjà, le 9 juin 1984, la femme n’a pas reçu les bonnes cartes.  Ces pensées fêlées sont le fruit des articles  8, 9,11, 39, 48 du code algérien de la famille et du code pénal. C’était prévisible : voilées ou dévoilées, les hommes ne respecteront pas les femmes et c’est leur droit. Les codes, les Us et les traditions  leur donnent raison. Ils ont déshumanisé la femme. De plus, l’école a fait tomber les bêtas, les pervers, les nigauds, les naïfs et les niais dans un désert mental  dramatique. 
Il reste que ce pays regorge de généreuses personnes. Que contre vents et marées, des hommes et des femmes se battent pour la justice, pour la dignité et l’égalité. Des gens qui tentent de faire comprendre que nous sommes un pays « normal ». A ceux-là, je dirais qu’il ne suffit pas « de partager l’émotion, encore faut-il partager le danger » qui guette ce pays. C’est l’ avenir de nos enfants qui est en péril.
Par Katia Bouaziz 

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