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Les hommes libres sont nés libre

Culture

Les hommes libres sont nés libre

L’Histoire reste constamment en éveil tant que toutes les vérités n’ont pas été, l’une après l’autre, mises à la lumière. Il est ainsi d’une réalité que notre histoire dissimule et dont les racines remontent au mouvement national libérateur, la question berbère.

Cette question identitaire des Algériennes et des Algériens a été étouffée, dévoyée et souvent diabolisée par les différents acteurs de la vie politique algérienne que ce soit dans les années 40 ou post-indépendances. Les amalgames et les raccourcis sont toujours empruntés par les détenteurs d’un pouvoir aussi petit, soit-il, pour noyer comme à l’accoutumée, cette revendication légitime, pacifique, qui à terme, sera le catalyseur d’une démocratisation de l’Algérie et partant, de tout le Maghreb des peuples.

Déjà, à l’indépendance, le spectre du « berbérisme » et du «séparatisme » a été nourri par les « nouveaux révolutionnaires » gardiens du temple vide des « Thawabits ». La dimension amazigh est bannie. Dans les manuels scolaires, aucune référence n’est faite aux ancêtres Massinissa, Jugurtha, Juba, La Kahina….

Mouloud Maameri, l’anthropologue et écrivain, tente de percer le silence et la rétention du pouvoir de l’époque sur la question culturelle. Mais, dans sa logique stalinienne, le pouvoir pousse une jeunesse avide d’identité et de vérité à l’exacerbation.

Ainsi, en avril 1980, sur un acte d’autorité, une simple conférence de Mouloud Maameri est annulée à Tizi Ouzou. Les étudiants protestent. Le régime réprime la contestation avec une violence inouïe. Le Mouvement Culturel Berbère (MCB) est né ! Il prendra en charge la revendication identitaire qui est d’essence pacifique et démocratique. Cet acte constituera l’un des événements politiques majeurs de l’Algérie indépendante, surtout que c’est une génération formée à l’école algérienne et qui n’a pas connu la colonisation française qui a pris ses responsabilités devant l’histoire. Bien que moulée dans le système éducatif du régime éloigné de la réalité socioculturelle, cette jeunesse a remis brutalement la question Amazigh sur la scène de l’actualité en ces temps de glaciation et du Parti unique !

Des années durant, et après ces événements, les animateurs du MCB ont toujours porté« à bras-le-corps » la revendication identitaire, en faisant face à différentes étapes de leurs parcours, à toutes sortes de manipulations, défis et coups de boutoir du pouvoir en place : accusations de « complot colonialiste », divisions….

Plus près encore, sous l’ère de Bouteflika, issu de « la dernière fraude du siècle » à Tizi Ouzou, et en présence de personnalités nationales et régionales, la question Amazigh est de nouveau piétinée. À une question de constitutionnalité de Tamazight, Bouteflika répondra par le tristement célèbre « JAMAIS ».
Les Algériens lui répondront par le même mot « JAMAIS », on n’arrêtera la marche d’un peuple pour renouer avec son identité et retrouver enfin la paix quel que soit les manœuvres grossières des apprentis sorciers qui déterrent la hache de guerre pour diviser ce qui reste des vrais défenseurs de Tamazight.

Depuis toujours, des hommes libres se sont battus pour avoir un rayon de soleil dans leur printemps, jusque-là, teint aux couleurs de l’automne qui ne veut pas disparaître. Leur rendre hommage, aujourd’hui, n’est que justice et reconnaissance, car ils étaient des Hommes justes et obstinés à faire aboutir leur noble cause, qui ne se limitait pas au vouloir parler la langue de leurs ancêtres librement, mais aussi pour rendre universelle dans l’esprit de l’intelligence des Algériens, qui se reconnaissent légitimement à travers elle, sans attendre une reconnaissance de la part des pouvoirs publics, qui ont lâché du lest en reconnaissant, au forceps; il est vrai, le caractère national de la langue amazigh dans la constitution « remaniée ».

  • Aujourd’hui, les Algériennes et les Algériens doivent faire une halte salutaire et se poser les questions pertinentes :
  • Peut-on toujours faire semblant de ne pas voir ce qui est évident ?
    Peut-on continuer à nier l’essence même de la nation algérienne sous des faux-fuyants et de faux prétextes ?
  • Peut-on continuer la « théâtralisation du leurre » en faisant semblant d’introduire quelques réformettes à l’école en guise de semblant de reconnaissance ?
  • Peut-on, enfin évoquer une Nation sans l’identifier, sans être fiers du creuset civilisationnel qui la berce ?
  • À quand les véritables débats pour les bonnes solutions ?

La réalité Amazigh de l’Algérie est là. Elle nous interpelle depuis la nuit des temps. Elle est là à travers les écrits et les ouvrages d’éminents écrivains (Iben Kheldoun dans l’histoire des Berbères, Mouloud Maameri…).
Elle est là à travers les noms des villes et villages (Tablat, Rélizane, Tlemcen, Tamezguida…).
Elle est là à travers les noms des montagnes (Adrar, Idjabren…). Elle est là à travers les vestiges archéologiques…
Elle est là à travers le parler algérien, les mœurs et coutumes de chaque famille, de chaque village avec un système de gouvernance harmonieux, juste et équilibré.
Elle est là à travers le caractère frondeur de chacun d’entre nous. Elle est là à travers le sens de la rhétorique (fierté et nif…).
Elle est là à travers le respect du droit de la personne humaine et la promotion de la femme qui a sa place dans la société (Antinea ou Tinhinane ou celle qui a dit ; Kahina ; Fadhma N’soumer …). Elle est là à travers l’esprit de solidarité et le sens de l’hospitalité. Elle est là à travers la grandeur d’âme et la simplicité de l’Algérien…enfin, elle est là avec tout ce qui est nécessaire pour justifier l’existence d’une Nation qui l’identifie des autres Nations.

La culture Amazigh est le référentiel même qui rassemble et unit les peuples du Maghreb et « la culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié ».

L’Amazighité est un facteur d’union de la Nation algérienne. Elle constitue le socle de l’Algérie, le noyau dur, le prolongement identitaire de nous-mêmes aux côtés de l’islamité et de l’arabité, autres facteurs d’union. Sa négation serait la négation de nous-mêmes, de la Nation algérienne.

Aujourd’hui plus qu’hier, il est important de réaffirmer que la reconnaissance constitutionnelle de Tamazight en tant que langue nationale et officielle ne peut et ne doit faire oublier aux militants que son émancipation est indissociable de la lutte pour la démocratie et le respect des droits de l’homme.

Dr Amokrane Lakhdar

 

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