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Le témoignage bouleversant de Ramia, ancienne esclave sexuelle de Daech

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Le témoignage bouleversant de Ramia, ancienne esclave sexuelle de Daech

Le témoignage bouleversant de Ramia, ancienne esclave sexuelle de Daech

TÉMOIGNAGE – Alors que le prix Nobel de la Paix 2018 a été remis à Nadia Murad et Denis Mukwege pour leurs efforts dans la lutte contre « les violences sexuelles en tant qu’arme de guerre », Ramia Daoud Ilias, 16 ans, raconte dans un livre son année passée dans les griffes des plus hauts chefs de l’Etat islamique.

A 12 ans, elle a vécu l’enfer… et elle en est revenue. Ramia Daoud Ilias fait partie des plus de 3.000 femmes et jeunes filles yézidies capturées par l’Etat islamique en raison de leur foi – un monothéisme teinté d’Islam qui plonge ses racines dans l’Iran antique -, avant d’être réduites en esclave sexuelle.

Quelques jours après l’attribution du prix Nobel de la paix 2018 à Nadia Murad, ex-esclave de Daech, et Denis Mukwege, gynécologue au Congo, « pour leurs efforts pour mettre fin à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’arme de guerre », Ramia Daoud Ilias a tenu à raconter, avec sa mère, son année de calvaire dans un livre : « Prisonnières ». Il en ressort un récit édifiant, un combat pour la survie, de l’Irak à l’Allemagne, de sa capture à sa nouvelle vie en passant par sa fuite. A 16 ans, elle témoigne pour ne pas qu’on oublie les milliers d’autres Yézidies capturées, et encore prisonnières.

Sa vie sous Daech

« Ma capture était un jour très difficile, ils nous ont mis chacun d’un côté, je n’oublierais jamais ce jour-là. [Ramia vivait alors dans un village du nord-est de l’Irak, dans la province du Sinjar, ndlr]. J’ai été vendue là où l’on vendait les esclaves sexuelles : des hommes prenaient les filles qui leur plaisaient. Ils ont choisi un groupe de filles, et on a été transférées à Kojo [un village au nord de l’Irak, ndlr]. J’ai été achetée par un homme du nom de Abou Hârith. On m’a emmené avec ma cousine dans la maison de cet homme, à Mossoul. Tous étaient des combattants de Daech. C’était très dure la vie avec eux. […]

J’ai été revendue plusieurs fois, la plupart du temps, je ne savais pas où j’étais. Et quand je demandais des nouvelles de ma famille, on me disait que c’était fini la famille, que mon père avait été décapité, que j’allais rester là, et qu’il fallait que je fasse mes prières. Ils me forçaient à réciter les prières de l’Islam, mais en cachette, je faisais toujours appel à ‘l’ange-paon’ [l’émanation de Dieu dans le yésidisme, ndlr] pour qu’il me vienne en aide et qu’il me libère ».

Sa fuite de Mossoul

« On voulait s’échapper de Mossoul et dans la maison où l’on était, on a eu la chance de trouver un téléphone portable, pour prévenir qu’on allait essayer de sortir. On était quatre filles, on a attaché toutes sortes de draps et de tissus ensemble et on est descendues par la fenêtre sans se faire voir. On a pris la fuite, on a marché, un taxi est venu, on a levé la main, il nous a pris et nous a déposé dans une maison. Ensuite, on a changé de maison et on pu manger, se laver, changer de vêtements. Mais aussi nous maquiller pour qu’on ne puisse pas être reconnues aux checkpoints.

Moi par exemple, j’ai les cheveux frisés et je me les suis lissés pour que l’on ne puisse pas me reconnaître : l’alerte avait été donnée et tous les checkpoints avaient notre signalement. Après plusieurs points de contrôle, on est sorti de Mossoul pour arriver dans la ville de Tall’Afar, à l’ouest du pays. Là-bas, on a marché deux nuits. La deuxième nuit, on est restées dans une maison parce qu’il y avait des bombardements aériens tout autour. Puis, on a repris la route vers un village où il y avait des Peshmergas kurdes. Ils nous ont logé, nous ont donné à manger et à boire. Les Peshmergas ont ensuite appelé directement mon oncle, et il est venu me retrouver […] ».

Sa vie après l’esclavage de l’Etat islamique

« Quand j’ai retrouvé ma tante Fazia, je lui ai raconté ce qu’ils m’avaient fait, qu’ils m’avaient violé. J’ai commencé à lui donner des détails, comment c’était arrivé… Elle m’a interrompu et m’a dit, ‘c’est fini ce temps-là, tu es en sécurité, il faut oublier’ […] Plus tard, quand j’ai retrouvé ma mère, je lui ai raconté aussi qu’ils m’avaient forcé, fait toute sorte de chose. Ça la rendait très triste, elle me disait aussi d’oublier, mais moi, je voulais me décharger : c’était un fardeau trop lourd à porter. […]

Ce que j’ai vécu était vraiment très dur, je continue à faire des cauchemars, je les vois me capturer à nouveau, je vois ces ennemis-là essayer de me violer encore et encore, je pleure dans mon sommeil. Et quand je me réveille, je pleure. […] J’ai décidé de raconter mon histoire dans ce livre, « Prisonnières », parce que ce n’est pas seulement la mienne : des milliers de filles yézidies ont été capturées, et des milliers sont encore prisonnières. Je veux qu’on puisse les aider et les libérer. […] Mon rêve c’est d’avoir toute ma famille réunie en Allemagne avec moi : mon père, ma mère, mes frères, mes sœurs. Sinon je suis mes cours au lycée et je rêve de devenir médecin, je fais une prépa pour ça en Allemagne ».

Pour l’heure, Ramia est toujours sans nouvelles de son père et de trois de ses frères, tous capturés et enrôlés de force par le groupe Etat islamique.

 

Source : Europe1

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