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Le Baron perché, roman d’Italo Calvino

Culture

Le Baron perché, roman d’Italo Calvino

Le Baron perché, roman d’Italo Calvino

Je viens de terminer ce chef-d’œuvre d’intelligence et d’humour, où défile, en filigrane tout le siècle des Lumières ! Cette «période de transition» comme le dit le narrateur…

On y rencontre pêle-mêle :

Les mœurs, les costumes, les décors, les nourritures nouvelles venues des contrées lointaines. La pauvreté du peuple, les errants, les parias au fond des bois, les brigands des grands chemins.

Le bouillonnement religieux, l’Inquisition, la sorcellerie et les superstitions, la rigueur janséniste, les Jésuites, puis le déisme voltairien.

Les philosophes : Montesquieu, Voltaire, Rousseau… L’exil des penseurs auprès de monarques «éclairés», comme Catherine II.

La glorification du savoir et de l’inventivité humaine (l’encyclopédie Diderot-D ’Alembert, Robinson Crusoë qui réussit sa survie en solitaire… L’exploration de la nature (les ruches, la culture de la vigne, les herbiers de Linné…) et les tours du monde (Cook, Bougainville…). L’essor des sciences, de l’hydraulique des jardins de Versailles à la montgolfière…

La vogue d’exotisme (le turban de Monsieur Jourdain, les Lettres persanes, Zadig, Paul et Virginie, le magnolia d’Amérique… juste au-delà du mur, au-delà donc des limites, ce dernier peut être aussi allusion à cette révolution américaine qui a précédé la nôtre). Les pirates barbaresques. L’aventurisme à la Beaumarchais. Le bon sauvage, l’ingénu, vendredi…

L’éclatement du carcan moral, fruit de nouvelles interrogations, le libertinage (Casanova, Don Juan, le marquis de Sade, le succulent «Supplément au voyage de Bougainville» de Diderot…)

Les productions littéraires phares de l’Europe de l’époque : des romans picaresques aux romans d’initiation, des œuvrettes populaires colportées par la bibliothèque bleue aux libelles incendiaires et aux gazettes. On se promène aussi au jardin préromantique de la nouvelle Éloïse ou de Werther.

L’éducation sclérosée des nobles et des grands bourgeois. Mais aussi les voyages de formation de la jeunesse (comme celui que fit Goethe à Rome). La nouvelle curiosité intellectuelle des femmes, qui, au sortir des salons littéraires, allait bientôt donner Olympe de Gouges ou Mme de Staël… La rouerie de celles qui s’émancipent… Le badinage mondain à la Marivaux.

On y voit s’éveiller la conscience sociale de certains nobles instruits, comme le héros, ce qui va mener à la Révolution. La franc-maçonnerie transparaît avec ce Papageno de la Flûte Enchantée de Mozart, perché dans ses arbres. On assiste bientôt au recueil des Cahiers de doléances, aux États généraux… et à la Révolution.

L’espoir soulevé par Bonaparte sera suivi de la déception et de la crainte face à l’impérialisme napoléonien, de l’avortement de la Révolution, et de la remise en place d’un ordre ancien, peut-être plus impitoyable encore avec le triomphe de la bourgeoisie industrielle et commerciale.

On voit néanmoins à la fin se profiler les prémisses d’une libération des nations par les peuples (Risorgimento italien, avec des allusions claires aux carbonari, à Mazzini et à Garibaldi). Le réveil du peuple bientôt avec Proudhon et Marx…

Ce roman, c’est… de la haute voltige !

À relire, deux, voire trois fois sans en épuiser la richesse…

 

Mireille Liatard

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