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L’assassin, l’assassiné et décembre noir

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L’assassin, l’assassiné et décembre noir

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L’assassin, l’assassiné et décembre noir


Voici une des ironies de l’Histoire, de l’Histoire algérienne évidemment puisqu’il n’y a, à travers toute la planète, que ce pays mystérieux où l’Histoire joue des tours, de mauvais tours.


Poursuivi en 2011 par l’ONG internationale TRIAL, le général algérien Khaled Nezzar a échappé belle, après 2 jours d’audition, à la justice helvétique. L’ex ministre de la défense a été poursuivi pour torture et disparition forcée. Il faut dire que la junte d’Alger a mobilisé les grands moyens pour sauver le soldat Khaled, celui-là même qui a traité Bouteflika, après l’avoir intronisé au fauteuil de président par une fraude massive en 1999, de « moins mauvais candidat ».

En 2012, le TPF (trinunal pénal fédéral) déboute kahled Nezzar et le dossier sera rouvert en 2018 par le MPC (ministère public de la confédération) suisse.
Le sanguinaire Nezzar, les procès, il les connais très bien. En 2002, c’est la justice française qui s’est cassée la figure en laissant le général algérien filer lors de son procès contre Habib Souaidia qui l’a clairement mis en cause dans des assassinats de masse et des atrocités commises pendant la décennie noire. Cette même justice française a condamné en 2010 un autre général, chilien celui-là, en dépit de sa mort en 2006. Il s’agit du criminel Augosto Pinochet.


Lors du procès de 2002, Khaled Nezzar est accusateur ! Il a esté en justice Habib Souaidia, un ex agent des services algériens, qui a publié un pamphlet intitulé La Sale guerre où l’Armée algérienne est accusée de manipulation du terrorisme islamiste et d’exécutions extrajudiciaires. C’est lors de cette confrontation au sein de la 17ème Chambre du tribunal correctionnel de Paris que Hocine Ait Ahmed, disparu le 23 décembre 2015, prononça la fameuse phrase en face du Pinochet algérien  » entre vous et moi, il y a un fleuve de sang ».


En 2019 et suite à la contestation politique générale, les rendements de comptes au sein des clans qui gangrènent le haut commandement de l’Armée ont atteint leur paroxysme, c’est dans ce contexte que Khaled Nezzar, en retraite mais pas en retrait, a été cité dans un « complot ourdi » et condamné par contumace à 20 ans de réclusion criminelle par le tribunal militaire de Blida. Le général-major déserteur, après avoir détourné des tonnes de millions de dollars au profit de ses rejetons affairistes, s’est barré en Espagne. Il a traité, son comparse le chef de l’Etat-major Gaid Salah, détenteur du pouvoir après la déchéance de Bouteflika, à travers des tweets (fait inédit dans les moeurs politique du serail algérien) de tête à « pois chiche ».


Gaid Salah est mort le 23 décembre 2019 après avoir intronisé, lui aussi un larbin de son patelin (il faut dire que le trio est d’origine chaouie) et comme un pied de nez à cette justice de son pays, Nezzar retourne en Algérie et « vide » son mandat d’arrêt international (expression utilisée uniquement par la presse algérienne au service de la même junte militaire) en l’absence même du président désigné !


Khaled Nezzar, celui-là même qui a ordonné de tirer sur la foule en octobre 88 et d’instaurer la terreur lors de ces évènements a été également l’architecte du coup d’État contre Chadli Benjedid en 92 après l’arrêt du processus électoral du 26 décembre 1991 remporté par le FIS. Dix ans d’une terrible guerre ont coûté 200 000 morts, 20 000 disparus et un million de déplacés.


Khaled Nezzar est ce que l’Histoire a retenu comme un DAF par excellence. Les DAF (déserteurs de l’Armée française) sont un groupe de sous-officiers algériens incorporés dans l’armée coloniale pendant la guerre de libération. En gros des collaborateurs (harkis) qui ont reçu l’ordre de quitter leurs postes pour « rejoindre » la révolution, pour l’infiltrer à vrai dire, et ainsi préparer la prise du pouvoir avec la complicité des Français qui s’apprêtaient à partir.


Selon Wikipedia :
Les déserteurs de l’armée française, souvent désignés sous l’acronyme : « DAF », sont des groupes de sous-officiers et d’officiers algériens, en majorité des descendants de notables, des caïds et des bachaghas ayant prêté allégeance à la France durant la colonisation de l’Algérie.
Ces officiers ou sous-officiers étaient issus soit des grandes écoles militaires françaises soit d’écoles de formation de sous-officiers soit du rang.


Ils ont déserté l’armée française entre 1956 et 1961, durant la guerre d’Algérie. Ils ont ensuite rejoint par vagues successives les bases de l’Armée de libération nationale (ALN) de l’armée des frontières situées derrière les frontières de Tunisie et du Maroc « .
Le coup était bien orchestré. Après avoir liquidé le cerveau de la révolution Abane Ramdane et que le CNRA a été phagocyté par les militaires de Boussouf, il n’y avait personne pour s’opposer à ces maquisards de la 25ème heure. Abane est liquidé, le MALG est né et le chemin était tout tracé pour que les embusqués de Oujda, à leur tête Boumedienne adossé au DAF, prennent les règnes du pouvoir au lendemain de l’independance.


« Selon la technique conçue par Roger Wybot, ancien agent supérieur du contre-espionnage français au sein du BCRA et l’un des créateurs de la DST, il a joué un rôle capital en infiltrant l’ALN de l’armée des frontières par ces agents recrutés au sein de la promotion, désignée parfois sous l’appellation de « promotion Lacoste », il leur procure un ascendant sur leurs adversaires au sein de l’ALN et les propulse au sommet de la hiérarchie :


« Les hommes que nous glissons dans le dispositif adverse, souvent à des postes subalternes, nous les aidons à conquérir progressivement de l’importance au sein de la rébellion. Nous leur permettons par exemple de passer des armes, de l’argent pour l’ALN. Leurs convois clandestins sont protégés par la DST alors que les transports d’armements d’autres chefs de l’ALN sont saisis. Avec notre accord, et la complicité de l’armée française, nos agents montent également des opérations bidon, de Tunis. Chaque fois, nous organisons tout nous-mêmes pour rendre le coup de main rebelle totalement crédible. Certains de ces agents doubles vont atteindre les plus hauts échelons dans l’état-major FLN/ALN. Il nous est arrivé de manipuler des chefs et des chefs adjoints de wilayas ».


Accueillis avec suspicion par les officiers de l’ALN, ces nouveaux déserteurs qui ont rallié tardivement l’ALN en 1960 appelés souvent les « DAF » ont réussi à gravir tous les échelons durant les premières années qui ont suivi l’indépendance de l’Algérie et ont pris progressivement des postes importants dans l’armée en restant dans l’ombre et les plus illustres des représentants des « DAF » les futurs généraux de l’ANP de l’Algérie indépendante, comme Khaled Nezzar, Larbi Belkheir, Mohamed Lamari et Mohammed Touati qui s’affirment peu à peu sous le règne de Chadli Bendjedid.


Une année après la proclamation d’indépendance, c’est la Kabylie entière qui subit les assauts de l’armée des frontières. 463 anciens maquisards sont exécutés sous les ordres du duo Ben Bella-Boumedienne lors de la rébellion du FFS. Nezzar était certainement dans les troupes.


Abane Ramdane est assassiné le 27 décembre 1957 au Maroc. Le déserteur Khaled Nezzar, devenu général-major rentre en Algérie le 11 décembre 2020, dans un avion présidentiel. Abane Ramdane voulait une République démocratique où le politique prime sur le militaire. 64 ans plus tard, les militaires se pavanent dans les couloirs du pouvoir en Algérie. Fin de l’histoire.


Ahviv Mekdam

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