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Laissez-moi rentrer chez moi !

Débats

Laissez-moi rentrer chez moi !

Laissez-moi rentrer chez moi !

Par Rachid Mouaci

Lors de l’hommage rendu au militant Saïd Boukhari que paix soit sur son âme, mon ami Ali Aït Djoudi qui était si proche de lui a pris la parole avec son humour habituel, cette ironie qui a pu dessiner un large sourire sur les lèvres de cet allié des causes justes qui savait déjà que sa fin approchait à petits pas.

La phrase humoristique lourde de sens qui a fait sourire toute la foule présente ce jour-là à la maison de la culture de Tizi Ouzou, adressée à la femme de Boukhari était la suivante : « Oh femme de mon ami, je ne t’apprends rien, car tu savais depuis longtemps que tu avais une rivale et que ton époux Saïd a pris une autre épouse ». Bien évidemment, Boukhari n’a jamais été polygame et tous les présents savaient que la rivale était la cause Amazigh que cet activiste a épousée.

Les militants qui se rangent du côté du peuple, les artistes engagés, les politiciens du statut de Hocine Aït Ahmed … tous ces gens, le jour où, ils ont choisi le peuple et sa cause, ils n’appartiennent désormais plus à leurs familles biologiques que par le sang qui les lie, car combien d’entre eux ont délaissé leurs femmes et leurs enfants pour la cause qu’ils ont épousée.

Lorsque la faucheuse tape à la porte de ces grands, je crois qu’il est du devoir de leurs familles de ne pas les arracher à ce peuple pour lequel, ils se sont sacrifiés, car ils sont devenus des symboles de l’espoir, du combat et de la lutte qui ne prennent jamais fin même après la disparition corporelle de ces guides.

Les tombes de Matoub, de Tahar Dajout, de Si l’Hafid, de Hocine Aït Ahmed, de si Mohand ou Mehand, de Cheikh Mohand et de beaucoup d’autres ne sont-elles pas devenues la Mecque de ce peuple réprimé qui se ressource des lieux de repos de ces guerriers immortels ?

Depuis que le combat de ces géants a germé dans les esprits et a donné fruits, chaque fois que l’un d’eux rend l’âme, il n’est plus enterré par sa famille biologique, mais bel et bien par ces foules qui refusent de les laisser aller à leur dernière demeure dans le silence et l’anonymat. Oh ! combien, ils ont tous horreur de ce silence, qu’ils ont tout le temps combattu. Leurs funérailles donnaient la chair de poule, les gorges éclataient, les yeux se remplissaient de larmes et leurs cercueils sont emportés très haut par des milliers de bras des gens qui les aiment, qui les chérissent et particulièrement ces juvéniles qui souhaitent suivre leurs pas et reprendre leurs combats.  

En ces moments émouvants, la foule ne savait plus si elle doit pleurer le défunt ou fêter sa naissance. En dépit de la douleur, tout esprit éveillé revient de l’enterrement soulagé, car il avait compris que la semence de l’être disparu a pris racine et que son combat n’était pas vain.

Certes, que personne n’a le droit sur le défunt plus que son conjoint, ses enfants, ses parents, sa fratrie …une logique et un pouvoir incontestables, mais loin de tout discours moraliste : est ce qu’une famille d’une personne de notoriété publique trouve-t-elle juste de priver la dépouille du défunt de se reposer éternellement sur la terre de sa mère près de ses fans, de ses adeptes, de ses admirateurs et de ses enfants spirituels ?

Sur cette terre mère, en cette Kabylie fière, en haut de ses monts en pierres, j’entends une douce voix dans l’air, crier : ici-bas toutes les richesses sont éphémères, excepté les trésors millénaires de nos arrières grands-pères et grands-mères et cette terre que je ne troquerai contre aucune autre terre. Avant de se taire, la voix appelle son père en langue de sa mère : « A vava … » laisse-moi rentrer chez moi.

Rachid Mouaci

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