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Débat. La dictature dans ses constantes

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Débat. La dictature dans ses constantes

Débat. La dictature dans ses constantes

Ben Salah comme Gaïd Salah tiennent à imposer leur feuille de route, en appelant encore au dialogue et à la tenue des élections du 4 juillet 2019. Les cris du peuple montent comme une prière jusqu’au ciel sans rencontrer l’écoute des dieux. Ceux-là n’ont pas de concessions à faire aux pauvres mortels qu’ils ont soumis et dépouillés de toute humanité. Les Algériens devront encore subir les discours des pères fouettards qui les tiennent pour mineurs irresponsables et qui les sommes de les rejoindre sur les voies de la raison et de la vérité qu’ils sont seuls à détenir.

Les manifestations du 11ème vendredi, venues confirmer d’une même voix les revendications déclamées dès les premières marches, le départ du système et l’édification d’un Etat civil libre et démocratique, ne semblent pas avoir touché le clan des décideurs militaires qui campent sans faillir sur leurs positions.

Si le président par intérim, dans son discours monocorde du 5 mai 2019, considère que les revendications pacifiques des Algériens sont justes et légitimes, il les remet en cause juste après, faisant l’impasse sur son départ et le rejet de l’article 102 et des institutions de la fraude. Il se fixe même un rôle prépondérant dans le processus du changement, qu’il dit en cours, incitant les Algériens à soutenir la solution de l’Etat-major et à les aider, eux, à effectuer la « rupture » en faisant élire un président qui saura mener les réformes nécessaires. Il soutient qu’ils sont les seules, lui et le commandement militaire, qu’il salut pour le maintien de la solution constitutionnelle, à pouvoir réaliser effectivement la volonté du peuple ; toute partie qui dira le contraire est ennemi de l’Etat et de ses institutions. Juchés sur l’olympe, Gaïd et Ben Salah entendent uniquement leurs seuls monologues, identiques dans le fond et la forme.

Les manœuvres de l’Etat-major

Afin de convaincre et solliciter la confiance des Algériens, Gaïd, à Oran, va faire constater une vérité de La Palice : « Nous sommes les enfants du peuple », dit-il, comme si quelqu’un avait affublé l’ANP du contraire. Il donne même des gages sur sa bonne foi en faisant arrêter ses adversaires, les chefs de file du clan opposé qu’il nous présentait comme les spoliateurs du peuple, les détourneurs de la République, les responsables de la prédation et les principaux agents de la vindicte populaire. Il présente cela comme une avancée majeure dans la lutte contre la corruption et la satisfaction de la demande des Algériens. Il livre au tribunal militaire de Blida Tartag, Toufik et Saïd accusés d’« atteinte à l’autorité de l’armée » et de « complot contre l’autorité de l’Etat ». Ceux-ci sont apparus sur la télévision publique, toujours manipulée, en acteurs jouant la partition d’une pièce de théâtre plus ou moins bâclée, montant les marches du perron comme pour se rendre à un repas d’affaires. Le feuilleton du pouvoir ne lésine pas sur la mise en scène qu’il veut spectaculaire par la qualité de ses comparses. Un épisode à l’algérienne de Game of Thrones.

Le commandement militaire et ses alliés tiennent absolument à sauver le système en place et même à le rénover, sous le couvert d’engagement factices pour la rupture et le changement. En phase de négociation, Gaïd abandonne le ton aboyeur qu’il troque pour une approche doucereuse, comme si un crocodile pouvait faire preuve de tendresse, adoptant une tactique de contournement, une stratégie militaire qui évite le choc frontal avec la demande citoyenne. On compte aussi sur le Ramadan qui jouerait un rôle de ralentisseur de la contestation et qui, joint aux pressions économiques et aux contrainte du quotidien, pourrait l’affaiblir, puis complètement la dissoudre. Ce qui rentre dans les attentes du pouvoir militaire dont l’objectif principal en ce moment est de ramener le calme en mettant le mouvement à plat. L’étape suivante, avec le soutien des partis satellites, sera alors de gagner plus ou moins la confiance des Algériens, en leur faisant croire aux miracles, pour les ramener sur la voie des urnes conformément à la constitution.

Les contradictions des généraux

Le commandement militaire, n’est pas seulement en porte-à-faux avec le mouvement citoyen, il rejette carrément le projet démocratique qu’il lui propose, une refondation nationale dans cette optique va remettre l’armée à sa véritable place, l’écarter de la chose politique et des affaires. Ce que les généraux ne sont pas prêts d’admettre.

Pour bien comprendre cet état d’esprit, il faudra considérer le processus de fonctionnement du régime à travers des institutions qui lui ont conféré tous les pouvoirs. Les États-majors successives dont celle actuelle ont toujours considéré l’Algérie et son peuple comme leur propriété privée, d’où leur comportement colonial depuis le coup d’Etat de l’armée des frontières. Ce commandement de nature dictatorial ne gère pas directement les affaires publiques, il le fait par le biais d’un réseau de cadre civil, du pseudo FLN et puis de partis, plus au moins compétents, mais aux ordres. Il partage avec cette pègre la gestion de la rente et les dividendes, suivant négociation, tout en restant derrière, presque invisible, pour donner l’illusion d’un pouvoir civil démocratique, ce qui leur garantit l’impunité. Le régime politique en Algérie est en fait un marché de dupes comme sa constitution qui sert à élire des rois et non des présidents.

Le problème actuel de Gaïd et ses affidés n’est pas véritablement d’associer le peuple aux affaires publiques, il peut lui concéder quelques parcelles de décisions sous surveillance. Ce qu’il propose par ailleurs pour fabriquer une illusion de changement. Ce qu’il veut c’est que les modifications se fassent selon leur démarche et leur vision, dans le cadre de la constitution qui leur assure tous les abus, quitte à l’aménager ensuite, mais en préservant le tutorat permanent de l’armée.

Cette révolution du peuple remet en cause de manière radicale le pouvoir des généraux et dérange leurs plans ; ils voudront la réduire par tous les moyens dont ils disposent, même s’ils doivent sortir en final les crocs et les griffes. Ils ne se résoudront pas facilement à lâcher tous les pouvoirs au bénéfice du civil. Cela leur fait peur car tous leurs privilèges quasi coloniaux seront éradiqués. Imaginez un lion auquel on conteste d’être le roi de la jungle du jour au lendemain, il peut faire un carnage si l’occasion lui est donné. Heureusement qu’il y a 20 millions d’Algériens dans la rue, c’est l’Himalaya même pour un lion !

La détermination des Algériens

Du côté du peuple, cet Homme debout, nombreux et puissant, que Gaïd veut affaiblir et réduire à la taille de lilliputien pour mieux l’écraser, les choses n’iront pas comme le souhaitent les décideurs. Ces dernies sous-estiment sûrement la détermination et le sens du sacrifice des jeunes et des moins jeunes, tous résolus à dégager le système mafieux qui les a opprimé et spolié. Sous la pluie ou la chaleur, durant le Ramadan, que l’on use de la matraque ou de subterfuges, de mensonges ou de menaces, rien apparemment ne saura détourner les Algériens de leur but, le flambeau de la protestation restera allumé jusqu’à la victoire finale.

Certes, le chemin de la révolution s’avère long et tortueux, mais les Algériens sont aussi fort s’ils restent debout, nombreux, unis, marchand coude à coude, formant un mur vivant devant l’arbitraire. La dictature de la caserne, à la longue, ne pourra pas subsister devant la détermination de tout un peuple.

Par Md Amokrane tighilt

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