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Cessez l’offense et l’intolérance pour qu’on avance !

Débats

Cessez l’offense et l’intolérance pour qu’on avance !

Cessez l’offense et l’intolérance pour qu’on avance !

Par Rachid Mouaci

La rage, l’indignation, le dégoût, l’exaspération, le désespoir, voilà ce que je ressens aujourd’hui, même que durant toute l’année je n’étais pas totalement dans l’espoir, l’optimisme, car je suis loin du donquichottisme, d’utopie et de la naïveté.

Je disais tout le temps à mes amis trop enthousiastes et trop fougueux : n’oubliez jamais que toutes ces foules sont le produit de la sinistre école algérienne, qui les a marqués au fer chaud par l’intolérance, la haine de l’autre, par l’unicité dans la religion et dans la pensée. Et ce n’est que la minorité qui a pu échapper à ce venin plus mortel que celui du crotale.

Le triomphe des révolutions, c’est toujours le fruit de l’amour. Oui, l’amour de la patrie, l’amour de la terre, l’amour de la justice et de l’égalité. C’est cet amour qui unit qui anime les révolutionnaires et les insurgés pour arriver à leur fin.

Pour nous, malheureusement, c’est la haine qui nous unit et qui nous anime. Oui, la haine de ce pouvoir qui certes, mérite toutes les aversions, les détestations et les répugnances du monde. Mais avec cette haine qui nous est inculquée par l’école sinistrée, par la presse au service du roi, par les charlatans des hauts des minbars et j’en passe, pourra-t-elle instaurer la démocratie, la paix et le vivre ensemble dans ce pays martyrisé ?

Personnellement, je refuse de croire aux illusions et aux utopies.

La haine n’a jamais battu quoi que ce soit, autre que la régression, la violence, les destructions, les tragédies, les désastres, les drames et les chaos. Comment espérons-nous cueillir de savoureux fruits de l’xénophobie, de la misogynie, de l’homophobie, l’lesbophobie, de la misanthropie … qui nous rongent ?

Ce qui me fait peur c’est que cette haine qui nous unit contre le système en place se retourne contre nous d’une manière encore plus forte et plus zélée, accompagnée d’intolérance de dogmatisme et de sectarisme.

Ce qui me fait penser à cela, c’est le point de vue que partagent ces derniers jours beaucoup d’Algériens que je croyais éclairés, avec leurs bourreaux, avec les obscurantistes qui ont mis leur patrie à feu et à sang durant toute une décennie et avec les opportunistes qui ne voient l’Algérie qu’une vache à lait qu’il faut traire sans répit jusqu’à ce que ses mamelles pissent du sang.

Le sujet de la polémique qui a engendré l’union des bourreaux avec leurs victimes, c’est le documentaire « L’Algérie mon amour » diffusé par France 5.

Tout esprit éveillé sait que notre salut ne viendra jamais ni de l’ancien colonisateur, ni de tout l’occident et encore moins de ces faux frères de l’orient.

Toute œuvre est critiquable, mais la critique doit se focaliser sur l’essentiel et l’utile. Personnellement, je n’ai jamais vu une critique littéraire se concentrer et se centraliser sur l’ajout ou l’oublie d’une virgule qui n’est qu’un détail.

Même les personnes les moins averties peuvent constater facilement que ce documentaire est loin d’être sain, sinon, il n’aurait pas pu omettre le noyau et l’objectif de ce Hirak qui sont : le soulèvement contre l’injustice, le passe-droit, la Hogra, le muselage de la presse, les arrestations arbitraires, l’emprisonnement pour délit d’opinion…, mais se liguer tous, tous courants confondus pour condamner les cinq minutes durant lesquelles des jeunes parlaient du sexe et de l’alcool, c’est porter de l’eau au moulin du pouvoir en place, des islamistes et des opportunistes qui se sont proclamés vigiles des mœurs, de la morale et du divin.

De grâce, cessez ce lynchage, ces condamnations et cette hypocrisie de vouloir montrer faussement que nous sommes le peuple élu, sans failles, sans vices, des hommes et femmes sans parties génitales, sans désir, sans penchants et sans péchés.

Non, Messieurs, dames, nous sommes un peuple comme tous les autres. Parmi nous des homosexuels, des hétérosexuels, des lesbiennes, des buveurs d’alcool, des pieux, des athées, d’honnêtes gens, des corrompus… nous ne sommes ni mieux ni pire que les autres et cette diversité perdura jusqu’à la fin des temps.

Lorsque je vois ces jeunes protagonistes du film contraints de fermer leurs comptes Facebook pour se mettre à l’abri des insultes, des accusations les plus immondes et de les contraindre à faire des vidéos pour expliquer aux soudards de tous bords les propos qu’ils ont tenus dans le documentaire, mon indignation a atteint le sommet et mon envie de vomir même mes tripes pour tout ce que je lis et j’entends.

Si ces millions d’Algériens qui battent le pavé chaque vendredi depuis plus d’une année pour déloger et évincer le régime totalitaire en place, pour le remplacer par un état intolérant, intransigeant et dogmatique, à quoi serviront tous ces sacrifices et tout ce temps perdu ?

Ce que ma petite cervelle n’arrive pas à comprendre, c’est toute cette explosion des réseaux sociaux sur ce documentaire diffusé par une chaîne française et qui est destiné au public de l’hexagone, alors que les médias algériens publics et privés n’arrêtent pas depuis une année à porter atteinte directement à ce peuple révolté, en l’accusant de main étrangère, de marginaux, de traîtres à la nation … mais jamais la colère de ces nouveaux gardiens du temple n’a atteint ce degré de déchaînement, de frénésie et d’agitation.

Ce qui a fait la grandeur de ce Hirak depuis sa naissance, c’est la tolérance, le non-jugement d’autrui et l’acceptation de nos différences. Alors, de grâce, ne gâchez pas tout ! Ne démolissez pas ce qui a été battit, avec vos bagatelles et vos absurdités ! C’est un immence service que vous rendrez à cette patrie si chère.

Rachid Mouaci

1 Commentaire

1 Commentaire

  1. marcos

    30 mai 2020 à 8:23

    Très bien dot Prof . c’est Marcos .

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