Connectez-vous avec nous

Béjaïa : évaluation citoyenne de la rentrée scolaire

Culture

Béjaïa : évaluation citoyenne de la rentrée scolaire

C’est une première en Algérie ! Le directeur de l’éducation  de la wilaya de Béjaïa a rencontré les citoyens,  dans le « Café Pédagogique »,  nouvel espace d’expression citoyenne à côté du célèbre « Café Littéraire »,  pour une évaluation directe de la rentrée scolaire 2018-2019, moins d’un mois après que les élèves aient rejoint les salles de classe.

 

Plus de cent personnes, des cadres de l’éducation, des syndicalistes du secteur, des universitaires, des acteurs du mouvement citoyen et du monde associatif, élus locaux, ont été accueillis par la nouvelle salle de la Bibliothèque communale de la ville, ouverte il y a à peine six mois.
Brahim Tazaghart, le modérateur, ouvrit la séance en rappelant  les objectifs de cette rencontre du « Café pédagogique », qui est à sa troisième sortie : « Instaurer une tradition de débat civilisé direct entre le citoyen et le responsable. Amener le responsable à faire face au citoyen, partager avec lui  l’information, le faire participer à l’élaboration de la réflexion, l’impliquer dans les décisions qui concernent sa famille, ses enfants et toute la société. » Le directeur de l’éducation, Brahim Bader, et son secrétaire général, Bezza Benmansour , ont développé tour à tour et dans les trois langues, tamazight, l’arabe et le français, le thème : «  L’année scolaire 2018-2009, une année charnière » .

 

L’école est l’affaire de tous
« Azul fellawen , ce café pédagogique est unique en Algérie,  Béjaïa peut être fière d’être la pionnière dans l’ouverture d’un tel espace  d’échange et de débat autour de questions d’education et de scolarité qui impactent directement le citoyen », dira le directeur de l’éducation en guise d’introduction à sa communication articulée autour du volet pédagogique et didactique, et celui des nouveautés de la rentrée scolaire en termes de réglementation et en chiffres relatifs aux infrastructures et à la formation. Développant son discours autour du triangle pédagogique et ses trois points, l’enfant, le professeur et le programme, il donnera  les nouveautés introduites dans l’éducation nationale depuis l’arrivée de Nouria Benghebrit aux commandes du secteur, et l’incidence de ses changements sur l’école dans la wilaya de Béjaïa: «  L’école est l’affaire de tous, la famille, la rue, les pouvoirs publics, les institutions spécialisées. La direction de l’éducation s’ouvre sur la société  dans la transparence, le temps de l’isolement de l’institution est terminé. »

 

Le « MARWATTT » ministériel
Ce néologisme, issu de trois sigles arabes francisés, résume toute la nouvelle doctrine ministérielle en matière de maîtrise des apprentissages et des enseignements. MAR , pour Mardjiaiya,  WA pour watania, et les trois T sont les lettres qui commencent les mots arabes de Tekwin, Taalim , et Taqwim. Ce MARWATTT signifie donc l’affirmation des repères nationaux en matière identitaire et culturelle, et des méthodes universelles en matière d’évaluation pédagogique et didactique des apprentissages. Ce Sigle  renferme à lui seul toute la démarche ministérielle du retour aux racines algériennes, de l’affirmation concrète  et complète de notre identité dans ses dimensions historique, linguistique et civilisationnelle, et de l’ouverture sur les savoirs et les apprentissages universels. Le directeur conclut par un appel à «  soutenir madame la ministre qui par ses engagements clairvoyants nous réconcilie avec notre personnalité et notre besoin de modernité. »
Réduction drastique des budgets alloués à l’éducation
Le secrétaire général prendra le relai de son supérieur hiérarchique pour évoquer les questions «  qui fâchent » : les retards dans les constructions et les infrastructures, les réparations inachevées, les équipements inexistants, les cantines scolaires non ouvertes, les classes à 40 élèves, et toutes les difficultés que subissent l’élève et sa famille.  Il a zoomé particulièrement sur la réglementation. Il rappellera le repère fondamental, à savoir la loi fondamentale sur l’orientation scolaire du 8 avril 2008 et les valeurs sur lesquelles elle fut élaborée. Le volet  réformes fut décrypté en trois axes, la refonte pédagogique, la bonne gouvernance et la professionnalisation par la formation. Féru de sigles, il développera le PPA, le plan pédagogique annuel  portant les nouveautés de la feuille de route établie par le ministère, un protocole qui organise toutes les questions inhérentes aux contraintes et aux aléas. Le secrétaire général révélera que sur les 180 milliards de centimes demandés  pour les besoins primordiaux, les crédits alloués sont inférieurs à 40 milliards, soit  19,37%, alors que les besoins exprimés en matières d’équipements scolaires sont de 57,37%.  « La gestion est l’art de faire beaucoup avec peu de moyens. La maîtrise de la discipline évite les dégradations, l’entretien et la maintenance permanent des équipements et des infrastructures  permettent d’économiser beaucoup sur les ressources allouées. Il faudra rationaliser les dépenses », dira M. Benmansour  reprenant un mot d’ordre, crédo actuel de l’exécutif gouvernemental et de ses échelons déconcentrés.

 

Un débat de haute teneur
« Les ruptures supposées dans l’intitulé de la conférence  ont été juste effleurées, nous n’avons pas entendu ni compris les nouveautés  attendues », dira le premier intervenant, ajoutant: « Les infrastructures  sont vétustes, certains établissements menacent ruine, dans d’autres il n’y a pas suffisamment de place. L’égalité des chances demeure un slogan creux  pour les enfants, certains ont des moyens de l’école moderne d’autres souffrent par manque de l’essentiel ». D’innombrables sujets ont été soulevés, demeurant sans réponse. La sauvegarde du patrimoine du secteur de l’éducation, le déficit du livre scolaire, les réformes des examens demeurées lettres mortes, le redoublement, les places dans le préscolaire, l’âge de la première inscription. Une vingtaine de citoyens s’est relayée au micro, certains pour émettre des commentaires, d’autres des évaluations, et une troisième catégorie infime s’est contentée de poser des questions.

 

L’école publique menacée
L’enseignement de tamazight s’est accaparé la part du lion  dans le débat. La malheureuse sortie de quelques parents d’élèves de la wilaya de Jijel rejetant l’enseignement de tamazight, la déclaration de la ministre selon laquelle 45 wilayas enseignent tamazight, le caractère facultatif de cet enseignement, la différentiation du caractère de langue maternelle pour les algériens amazighophones et de langue secondaire pour les non amazighophones, l’introduction de tamazight en quatrième année primaire, après la langue française en 3ème année, toutes ces interrogations n’ont pas trouvé de réponse dans les éclairages du directeur de l’éducation et de son secrétaire général. Le développement des écoles privées, où une classe sociale aisée inscrit ses enfants, l’apparition du phénomène de l’école informelle constituée par la pratique des cours de soutien, la floraison des crèches et des écoles coraniques qui dématérialisent l’enfant de langue amazighe. Les facilités pour les élèves handicapés, les affectations en retard et le paiement aléatoire des vacataires, ont constitué la multitude d’inquiétudes auxquelles le citoyen n’a pas eu de réponses. Brahim Tazaghart, le modérateur, clôturera cette troisième sortie réussie du Café Pédagogique en notant le caractère civilisé des échanges et le niveau relevé des questions et des réponses.

 

Rachid Oulebsir

 

Cliquez pour commenter

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus dans Culture

En haut