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Algérie. Bonjour la dictature

Débats

Algérie. Bonjour la dictature

De volte-face en volte-face, Gaïd Salah vient d’abattre ses cartes, en trichant avec la réalité qu’il façonne selon son illusion d’optique. De nombreux citoyens se demandaient par quelle habilitation Le Chef d’Etat-Major pouvait s’adresser au peuple et lui imposer ses points de vue ; il n’a aucune légitimité politique pour cela. Le fait qu’il occupe les premières loges et qu’il adresse des discours à « ces concitoyens », au nom de l’Armée Nationale Populaire, de ce même peuple et d’Allah, tient de l’usurpation de la fonction du Chef de l’Etat, Ben Salah n’étant là que comme trompe-œil.

Gaïd Salah, Vice-ministre de la Défense nationale, ce qui est faux, à moins que Bouteflika soit toujours en fonction, joue un double jeu malsain aux nom des citoyens qu’il veut à tout prix berner. Il dit d’une part être avec le peuple dont il entend les clameurs et les attentes et s’affaire d’autre part à sauver le régime et ses sbires qu’il soutient et maintient coûte que coûte. Le Chef d’Etat-major a cherché à gagner du temps en en faisant perdre à ce qu’on nomme désormais le « hirak », mais tout le monde savait que, venu pour lui le moment de choisir, il irait naturellement avec le système qui l’a baptisé.

Cela vient de se faire. Dans sa déclaration de ce 23 avril 2019, Le Chef d’Etat-major vient d’installer l’Algérie et son peuple dans « la dictature militaire ». Celle-ci ne porte plus de hidjab ! Elle apparait sous son vrai visage.  Qu’on en juge « Je tiens à rassurer le peuple algérien et lui assurer que l’Armée Nationale Populaire continuera à l’accompagner avec la même détermination et résolution, suivant une stratégie bien étudiée, jusqu’à la concrétisation de ses attentes légitimes, qui commencent, Dieu merci, à porter leur fruit progressivement, jusqu’à ce qu’elles soient totalement concrétisées, selon les étapes préconisées par l’Armée Nationale Populaire… » Bonjour la dictature. Relevez aussi l’ambiguïté de l’expression « de ses attentes légitime », on ne sait pas si celles du peuplez ou celles de l’armée !

L’Etat-major contre le peuple

Le Patriarche, dont semble-t-il ce n’est pas encore l’automne, fait de l’opposition à… l’opposition qu’il « somme » de rejoindre sa vision, en traitant ces voix d’entêtées et d’acharnées en campant sur leurs positions préétablies, en remettant en cause toutes les initiatives et en boycottant toutes les démarches dont celle du dialogue apparemment initié par Ben Salah et qui s’est révélé un fiasco. Il dénie par ailleurs tout dévouement à la patrie à ces voix, partis et citoyens, qui s’obstinent dans une position de rejet de l’article 102 de la constitution qu’ils estiment dépassé et qu’il accuse de conduire le pays vers la violence et l’anarchie. Il assure que le peuple souverain doit adopter la solution que l’armée a choisi pour lui, c’est-à-dire l’élection au plus vite d’un président de la République qui va ensuite prendre en charge la totalité de ses revendications. Il évoque encore un complot contre le pays qui date de 2015 et qui cible son antagoniste, le Général Toufik, comme si le conflit entre clans d’une même mafia pouvait concerner le peuple algérien. Peuple qu’il appelle à continuer de « marcher », s’il le désire, mais toujours dans un cadre pacifique, le calme et la sérénité, s’il veut assurer sa sécurité ! Le Général de Corps d’Armée Ahmed Gaïd salah ne prévoit aucune concession à la rue, il considère les populations qui marchent chaque vendredi comme des colonies de punaises.

« L’Armée Nationale Populaire, déployés dans tous les recoins du pays, veillera à préserver l’autorité de l’État et la crédibilité des institutions et leur fonctionnement normal ». Une menace à peine voilée contre les citoyens qu’il appelle à faire preuve de discipline en respectant l’action des responsables, ministres et wali, qui sont empêchés d’accomplir leurs devoir par « des population » qui, d’après Gaïd Salah, vont à l’encontre de la volonté populaire ! « Ce sont là des comportements que ne peut tolérer l’Armée Nationale. » Les citoyens sont ainsi prévenus et doivent se préparer à une répression féroce en cas de désobéissance.

Le projet militaire et le projet démocratique

Gaïd Salah et le commandement militaire ne peuvent pas avoir de projet politique et social pour l’Algérie. Ils ne sont pas habilités pour cela et n’ont aucune perspective qui rejoigne la volonté déclaré du peuple algérien et son histoire. Leur vision se limite au système qu’à établi l’armée des frontières qu’avait rejoint le chef d’Etat-major en 1957, pour revenir avec Boumediène en 1962, afin d’opérer un coup d’Etat contre le GPRA et l’armée combattante de l’intérieur pour spolier l’Algérie de sa révolution. On peut assister, ahuri, à la même contre-révolution. Le commandement de l’armée n’imagine pas le peuple algérien en dehors d’un régime militaire, d’une dictature et du système qu’ont établi les apparatchiques du régime. C’est à cet horizon que se limite leur vision. Celle-ci est indiscutable et s’inscrit dans la continuité et l’intemporel comme la religion d’Etat qui leur tient à cœur. Ils tiennent à imposer encore ce projet macabre qui a conduit le pays à la ruine dans tous les domaines.

L’alternative politique de l’Algérie moderne est pourtant là, portée par le peuple. Les algériens la crient chaque vendredi et tous les jours, c’est un Etat libre, démocratique et social. Le problème c’est eux, les fanatiques, qui ne veulent pas lâcher le pouvoir, même octogénaires, car ce sont des dictateurs, des colonisateurs sans foi ni loi. Mouloud Ferraoun l’a bien dit à son époque, en plein combat contre le colonialisme français : « Les ennemis de demain seront pires que ceux d’aujourd’hui. » Nous y sommes. La preuve ? Boudiaf, les Français l’ont emprisonné car il œuvrait pour l’Indépendance du pays, « ses frères » algériens l’ont tué, comme Abane Ramdane et Krim belkacem, car il menaçait leur empire.

Si ce n’était cette lutte pacifique et le regard de l’étranger, ils nous tueront tous ! Ils ne vont pas lâcher aussi facilement, ils vont d’abord tout utiliser pour nous faire exploser. Soyons vigilants. Si des personnes intègres, porteuses des attentes du peuple, émergent maintenant pour représenter officiellement ce mouvement, ils vont les écrouer ou les faire abattre. Leur problème se rattache au nombre : ils ne peuvent pas emprisonner tout le peuple ou le faire assassiner. L’enjeu est trop gros, demander à Gaïd salah d’œuvrer dans le sens des revendications populaires, c’est comme demander à Al Capone de dissoudre la Mafia. C’est pourquoi il ne faut pas se faire d’illusion ! On doit plutôt engager un débat sur le « comment faire dégager »  Gaîd salah et restituer la scène politique aux peuple et ses représentants légitimes.

L’instrumentalisation de la justice

Gaïd Salah est heureux, oui, satisfait. « La justice » qu’il a actionnée a répondu comme il l’a souhaité. Elle intente des procès sommaires et prononce des verdicts expéditifs, au détriment de la présomption d’innocence, contre des boucs émissaires que l’on sacrifie sur l’autel de la corruption. « Par ailleurs, j’ai appelé la justice, dans mes interventions précédentes, à accélérer la cadence des poursuites judiciaires concernant les affaires de corruption et de dilapidation des deniers publics et de juger tous ceux qui ont pillé l’argent du peuple. Dans ce contexte, précisément, je valorise la réponse de la justice quant à cet appel qui représente un volet important des revendications légitimes des Algériens. » Notez la persistance du je. Gaïd salah est-il habilité à actionner la justice civile ? Au nom de quel décret ?

Par ailleurs cette justice à « ses ordres » qu’il estime indépendante ne sévit pas en premier lieu dans les cercles mafieux qui ont dilapidé le pays, si l’on excepte les frères Coninef et Ali Heddad. Cette justice ne va pas chercher « les mafioso » connu de tous et réputés comme tels. Ceux-là elle les protège et va par sélection naturelle « arrêter » quelquefois des hommes d’affaires qui se sont toujours opposés à leurs magouilles, qui n’ont pas dilapidé l’argent public et qui ont même souvent enrichi le pays. Ces derniers sont considérés comme des ennemis à abattre et l’occasion est trop belle pour la « cosa nostra » qui agite encore la justice, de ne pas substituer quelques têtes de Turc aux vrais criminels qui ont sévit à tous les échelons de l’Etat.

Le cas de Rebrab

Rebrab semble victime du feu croisé des clans de la mafia au pouvoir qui se livrent à des règlements de comptes. Gaid Salah, le Général Toufik et Saïd Bouteflika, apparemment toujours en poste à la présidence avec d’autres éléments de « la bande » s’adonnent à un jeu de massacre qui n’épargne personne et dans le peuple subit en premier les contrecoups.

Rebrab est condamné sommairement sous les accusations contenues dans le dossier de Bouchouareb, ex ministre de l’industrie qui doit rendre des comptes sur bien des malversations. Cette homme d’affaires est le seul investisseur valable qui a œuvré dans le sens du développement du pays. Le sacrifier dans un rendement de compte entre mafias, dont celle de Gaïd, c’est précipiter l’économie nationale dans un trou noir. Aucun investisseur ou responsable économique, national ou étranger, ne voudra plus opérer en Algérie, après cette cabale nocturne et opaque contre un opérateur connu et reconnu. Les vrais voleurs, investissent à l’étranger, aux Emirats, à Londres, en Espagne ou Paris. Chakib Khellil, les Bouterflika, le Président en tête, Bouchouareb, Gaïd Salah et fils, Tliba, Tayeb louh, Sadani et consort…, la liste est longue, ne sont pas inquiétés par une justice encore aux ordres, sélective, timorée et à plusieurs vitesses. Celle-là et ceux-là, l’Etat-major ne peux pas les dénoncer ou les toucher sous peine de se faire hara-kiri. Non seulement la justice se trompe de cible, mais il semble même vouloir les couvrir.

L’idéal est de pouvoir lever le secret bancaire et celui des affaires pour démêler le vrai du faux. S’agissant de Rebrab, ils l’auraient fait depuis longtemps s’il avait des choses graves à lui reprocher. En revanche, ils ne vont pas le faire pour eux-mêmes, car ils ne voudront pas se suicider, ce ne sont pas des scorpions, mais des serpents à sonnettes. Qu’ils libèrent la cour des comptes et l’on verra qui a ruiné le pays, on verra si c’est Rebrab ou Boutsrika. Rien que pour avoir emprisonné cet homme (un Algérien qui a les mêmes droits que les autres), sans aucune instruction transparente de son dossier, devrait révolter tout citoyen qui se respecte.

Pour tout cela, il convient de rester unis et vigilants. On ne doit pas faire ce qu’ils veulent provoquer : la division de ce mouvement national exceptionnel qu’ils souhaitent affaiblir et réduire à sa plus simple expression. Il est important que les Algériens, du nord au sud et de l’est à l’ouest, restent soudés dans une même démarche. Le peuple doit aller jusqu’au bout, serré comme un poing. Si le pouvoir recherche le retrait des Kabyles de ce grand mouvement qui va les emporter tôt ou tard, il se trompe lourdement. Solidaires avec leurs frères de toutes les régions, les opprimés laissés pour compte, le peuple oublié des plaines, des villes, des montagnes et du désert, les Kabyles n’ont d’autre parti que se joindre à cette force d’écluse en rupture de ban que Gaïd salah croit pouvoir domestiquer. C’est en faisant tomber ce régime, tous ensemble, qu’en rétablira la vraie justice pour tous les innocents qui remplissent les prisons et pour tous les Algériens.

Par Md Amokrane TIGHILT

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